Les3M la somme de tous les engagements

Saâd Chraibi nous revient avec son nouveau film les3M, un drame social qui revisite l’histoire du Maroc de la décolonisation au printemps arabe. Avec une question centrale : comment en sommes-nous arrivés là ?

Alors il reprend le rôle qui lui est cher de témoin de son époque. Cette époque qu’il dépeint à travers une filmographie riche, depuis ses premiers films jusqu’à ses succès : Femmes… et Femmes, Jawhara Fille de prison, Soif. Dans le premier, il traite de la place de la femme dans la société marocaine, le second évoque les tristement célèbres années de plomb, et enfin Soif revient sur la période du protectorat français. Il y aura aussi Islamour qui est le film d’un après 11 septembre où les communautés commencent déjà à se déchirer, et à se considérer ennemies. Où chacun revendique son appartenance à un camp, à l’ère de la mondialisation. Le grand paradoxe est déjà en marche.

Les3M est la somme de tous ces engagements, car comme il le revendique : « Je suis un observateur de ma société. Ma principale préoccupation est sociale, politique et historique. La société marocaine me fascine ». Pour explorer les racines du printemps arabe, il fait appel au passé, le temps d’avant la décolonisation où les communautés, musulmane, juive et chrétienne cohabitaient, malgré le protectorat, malgré les coutumes qui diffèrent, les traditions qui cloisonnent, les gens vivaient ensemble, proches, voisins et amis.

C’est ce Maroc-là qui est appelé à travers l’histoire d’amitié de ce trio qui partage la même initiale, une musulmane, un juif et un chrétien. Qui séparés une première fois, se retrouvent et tentent de comprendre le monde qui les entoure et leur fait ressentir à chaque secousse tout ce qui les sépare.

Cela leur prendra une partie de leur vie, ils s’y engagent, et les évènements défilent : indépendance du Maroc, guerres israélo-arabes, retour de Khomeyni, attentats de Casablanca… leur histoire est rythmée par la marche du monde, rappelée par des séquences d’archives. Et nous retrouvons les thématiques chères au réalisateur : la place de la femme, la décolonisation, la liberté d’expression, la montée de l’islamisme…

Un devoir de mémoire qui dresse un panorama de ces soixante dernières années comme le témoignage d’une époque révolue, ou pour livrer les clés à une jeune génération qui n’a pas connu cette époque, et veut comprendre l’état présent qu’il a reçu en héritage.

« J’ai posé une question très simple qui a des causes profondes : pourquoi le monde devient-il fou ? ».
Au départ cela vient d’une simple question.